CE JOUR OÙ J’AI ATTEINT DES SOMMETS…

Une année de défis

En Juin 2013 je me trouvais aux États-Unis, en Californie du Sud plus précisément, où je venais de terminer ma dernière année de Master dans le cadre d’un échange universitaire. Ces dix mois avaient été jalonnés de défis, de nouvelles expériences, de peurs vaincues… bref, je venais de vivre une année qui m’avait officiellement sortie de ma zone de confort. L’introvertie que j’étais avait réussi à se faire des amis venant du monde entier, avait osé avoir de longues discussions dans une langue qui n’était pas la sienne, porter et réaliser des projets dans lesquels elle croyait et danser toute la nuit avec des inconnus…

A quelques semaines de mon retour en France j’étais donc une nouvelle personne, une meilleure version de moi-même. J’étais plutôt fière de mon parcours et déjà morose à l’idée de retrouver ma vie « d’avant ». Mais ma parenthèse américaine me réservait un dernier défi de taille, sûrement le plus grand et le plus gratifiant. L’un de ces défis que l’on ne s’était pas vraiment fixés mais qui se présentent à nous pour nous pousser encore un peu plus loin de cette fameuse zone de confort.

Posons le décor !

Avec une partie de mes amis nous avions décidé d’aller passer quelques jours dans le parc national de Yosemite, un des lieux que je rêvais de visiter avant de quitter le continent américain.

Nous voilà donc à sillonner le parc, nous émerveillant à chaque courbe que la route prend, dévoilant des paysages toujours plus magiques. Après quelques renseignements pris auprès d’un garde du parc au sujet des randonnées, celui-ci nous en conseille une de difficulté moyenne (en faisant des recherches pour rédiger cet article j’ai appris qu’elle était en fait classée comme difficile : 11km aller-retour tout de même !). Il faut savoir que si j’aime me balader en nature, je ne suis pas sportive pour un sou et ne l’ai jamais été.

C’est donc avec un peu d’appréhension que je suis mes amis (eux plutôt sportifs, si ce n’est très sportifs). Le chemin de randonnée est plutôt bien aménagé (c’est l’un des plus populaires du parc) et la difficulté me semble surmontable (rions doucement ensemble). Je marche gaiement durant le premier tiers du parcours, confiante en mes capacités d’atteindre la fameuse cascade au sommet (les Nevada Falls). Les minutes passent, le soleil tape, nos réserves d’eau s’amenuisent et mes forces avec elles. Mes amis se relayent en bout de file pour me tenir compagnie, acceptent, et même proposent, des arrêts réguliers pour que je puisse reprendre mon souffle.

Décider de dépasser ses limites

A aucun moment ne me font-ils sentir que je suis un poids mort dont ils aimeraient se débarrasser pour accélérer la cadence. Pour autant, nait en moi un sentiment de culpabilité. Je vois bien que je les freine dans leur ascension et que je risque même de les empêcher d’atteindre le sommet. Eux ne s’en plaignent pas mais la situation m’est difficilement supportable, je suis mise face à ma condition physique inférieure, à mes limites et ce n’est pas un sentiment que j’apprécie spécialement. Après une énième pause, je prends la décision de les laisser continuer sans moi et débats un long moment avec eux avant qu’ils ne finissent par accepter et reprennent leur chemin.

Je passe quelques minutes à observer ce et ceux qui m’entourent, assise sur mon rocher, les muscles en feu et les cheveux collés à mon front transpirant. Je deviens pote avec un écureuil et je me perds doucement dans mes pensées. Je pense à mon voyage, à ce que j’ai vécu, accompli jusqu’ici et je prends finalement une nouvelle décision : je vais finir cette randonnée et atteindre ce p*tain de sommet. Même si ça me prend cinq heures, même si je me retrouve seule dans la forêt à la tombée de la nuit avec des ours et loups comme seuls compagnons de route, je vais le faire ! Je saute donc sur mes pieds déjà bien douloureux et je reprends le chemin balisé le cœur et les poumons gonflés d’une confiance toute nouvelle.

En y repensant aujourd’hui, bien que fière de cette décision que je reprendrais sûrement si la situation se représentait, je réalise que j’étais tout de même un peu inconsciente. Je n’avais plus d’eau, pas de carte, encore moins de réseau sur mon téléphone et absolument aucune expérience en randonnée. Nous mettrons donc ça sur le compte d’une possible insolation et de ces moments YOLO où les risques et conséquences ne font pas le poids face à la détermination et l’objectif à atteindre.

Je ne saurais dire combien de temps il m’a fallu pour rejoindre le sommet. J’ai connu quelques moments de doute sur le chemin, notamment quand je ne croisais personnes sur des centaines de mètres et pensais être totalement perdue. Mais chaque fois une petite voix me poussait à continuer : « Tu n’as pas fait tout ce chemin pour t’arrêter maintenant ! » ; « Pense à ce que tu vas ressentir une fois arriver en haut. » … Alors j’ai persévéré. J’ai marché, trébuché, soufflé, transpiré. J’ai souri en retour aux regards compatissants des randonneurs qui croisaient mon chemin. J’ai vu des paysages magnifiques, croisé des spécimens de faune et de flore que je n’aurais très certainement pas rencontrés en restant sur mon caillou quelques centaines de mètres plus bas. J’ai grimacé en sentant des nombreuses ampoules se former sous mes pieds. Pieds qui étaient bien sûr chaussés de bottes certes très jolies mais clairement pas adaptées pour cette activité, comme me l’aura aimablement fait remarquer un randonneur sur le chemin.

L’arrivée au sommet et une confiance retrouvée

Portée par mon orgueil et mon ambition j’ai serré les dents et gravi les derniers mètres qui me séparaient du sommet. Quelques pas encore – à la fois les plus difficiles et les plus gratifiants – et je débouchais enfin sur ce paysage magnifique que sont les Nevada Falls. Un large plateau rocheux, une rivière, des pins et une cascade puissante qui dévalait la pente jusqu’à la vallée, sans efforts, comme pour me narguer. Et à quelques pas de moi, mes amis. Assis les pieds dans l’eau, me tournant le dos, bien ignorants de l’exploit que je venais d’accomplir. Parce que oui, je vivais ce moment comme un exploit, une immense victoire personnelle qui venait emplir mes poumons d’un vent de satisfaction et de fierté.

Je l’avais fait ! J’avais terminé cette randonnée que je pensais hors d’atteinte, seule qui plus est ! J’avais atteint le sommet de cette montagne mais également un nouveau sommet dans la découverte de mes propres capacités. Je m’étais fait confiance, je m’étais autorisée à essayer de me surpasser, j’avais accepté la possibilité d’échouer en chemin. Je m’étais tout simplement donné une chance de réussir.

Et c’est finalement la leçon que j’ai gardée de cette expérience. Une leçon somme toute banale mais que je n’avais jamais réellement intégrée : lorsque l’on s’autorise à se dépasser, à viser un objectif qui nous fait peur, peu importe l’issue, on aura toujours pour nous la satisfaction d’avoir essayé d’atteindre le sommet. Et peut-être qu’en chemin il y aura des embuches, des surprises, des retardements, des détours. Peut-être même que l’on se perdra et que l’on empruntera un autre chemin. Peut-être aussi que cet autre chemin nous mènera vers un sommet différent de celui que l’on visait mais tous ces « peut-être » feront partie intégrante du voyage et c’est finalement à travers leur prisme que l’on savourera réellement la vue au sommet.

Lorsque nous sommes redescendus quelques heures plus tard, j’ai décidé de marquer le coup en achetant une petite breloque qui disait « I made it to the top » (trad. « je suis arrivé.e au sommet »). Ce petit rappel et cette grande leçon auront indéniablement impacté la suite de mes aventures : mon emménagement à Paris, mon premier boulot, mes projets d’écriture et plus récemment ma décision de tout quitter (Paris et le boulot) pour retourner vivre au calme, en province et me donner, à nouveau, une chance d’accomplir un défi : vivre de ma plume. Et si les moments de doute ne sont pas rares, s’il m’arrive régulièrement de remettre en question mes capacités et mon talent, alors je jette un œil à ma petite breloque, je me projette sur ce sommet, je revis les émotions qui m’habitaient à cet instant précis et je fonce sur ce nouveau chemin de randonnée…

You may also like

4 commentaires

  1. Qu’est ce qu’il est beau cet article.
    Il redonne confiance, espoir et envie de se dépasser.
    Accepter d’échouer, se l’autoriser… et savoir trouver des victoires à chaque épreuves.
    Qu’elles sont belles ces réflexions.

    Merci pour ce moment de pause dans un quotidien trop prenant, trop rapide.
    J’en avais sans doute besoin puisque te lire m’a fait un bien fou.
    “J’avais oublié”, c’est la phrase qui résonne dans ma tête. Mais maintenant je me souviens.

    1. Merci pour ce commentaire ma Louisette, ça me touche beaucoup ! Et si cet article t’a fait du bien et t’a permis de te souvenir (comme tu le dis si bien), j’en suis plus que ravie !

  2. Merci pour le récit de cette aventure , qui est bien plus que ça.
    J’y vois une belle leçon de vie , et ça ce n’est pas rien .
    Trace donc ton propre chemin , peu importe ou il te mènera , ce sera le tien …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.