TREBUCHER N’EST PAS TOMBER

Petit avertissement pour commencer : cet article n’est pas une tentative de carrière dans le développement personnel. Je dirais qu’il entre plutôt dans la cases « réflexions d’insomniaque ». Il ne fait pas partie des articles que l’on écrit bien sagement à son bureau, entourée de carnets noircis de notes et recherches mais plutôt de ceux que l’on écrit sous sa couette à 3h du matin quand on ne trouve pas le sommeil (mais que l’on retravaille quand même pendant trois jours pour qu’il soit un peu plus lisible et cohérent #perfectionnisme).

Bref, rentrons maintenant dans le vif du sujet !

Récemment, je pensais aux trajectoires de vie et au fait d’échouer, de chuter, de tomber (sujet sur lequel je m’étendrais peut-être dans un futur article) et j’en suis venue à réfléchir à un autre verbe d’action qui s’invite très souvent sur notre parcours de vie : trébucher.

 

Petit point lexical

Pour se mettre en bouche, commençons par regarder ce que nous dit le CNRTL (Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales) au sujet de l’étymologie et la définition de ce verbe :

Il vient de trabuquer, formé du préfixe tra- (au-delà de, par delà) et de l’ancien français buc (tronc humain, torse), trébucher signifierait donc « faire dévier le corps de sa direction naturelle ».

Du point de vue de sa définition actuelle, on retrouve au sens littéral :

  • Faire un faux pas, perdre l’équilibre, mais sans tomber.
  • Se heurter à un obstacle.
  • Perdre l’équilibre sous le poids de quelque chose.

Et au sens figuré :

  • Faire un faux pas, une erreur dans la vie, dans une affaire. 
  • Hésiter, être arrêté par une difficulté ; faire une erreur.

Fermons maintenant cette parenthèse « scolaire » (mais nécessaire et intéressante, non ?) et passons à son application dans notre chemin de vie. Bien évidemment, tout ce que je dis là est le produit de mon expérience et de mes réflexions, loin de moi l’idée d’en faire une vérité générale et de me poser en donneuse de leçons de vie !

 

« Qui trébuche et ne tombe pas, ajoute à son pas. »

Cette citation, issue des Nouvelles Exemplaires de Miguel de Cervantès, illustre à merveille le cheminement de pensée qui m’a tenue éveillée l’autre soir.

Je pensais à ces obstacles que l’on rencontre tous sur notre chemin : des petits, des gros, des menaçants, des angoissants, des insurmontables. Certains vont nous faire échouer, provoquer une chute aux conséquences plus ou moins importantes et d’autres vont « simplement » nous faire trébucher.

Et lorsque l’on trébuche sur lesdits obstacles, plusieurs issues sont possibles :

  • On peut s’en sortir totalement indemne et continuer notre chemin comme si cet obstacle n’avait jamais existé.
  • On peut être amené·e à bifurquer, à perdre de vue notre chemin pour se retrouver sur un autre, en territoire totalement inconnu.
  • On peut découvrir le monde sous un nouvel angle, parce qu’en trébuchant on se sera baissé·e ou retourné·e.
  • On peut également faire l’expérience de ce moment – plus ou moins long – en suspens durant lequel on va perdre notre équilibre et nos repères.

 

Trébucher nous ferait donc avancer ?

Si en trébuchant, vous avez été amené·e à dévier de votre chemin, à perdre de vue votre destination, votre objectif, vous pouvez également découvrir de tous nouveaux horizons qui vous seraient restés inconnus sans cet incident de parcours. Ce ne sera peut-être qu’un détour temporaire avant de retrouver votre chemin initial ou peut-être apprécierez-vous cette nouvelle voie et les nouvelles possibilités qu’elle offre et déciderez de l’explorer plus longuement !

Lorsque l’on trébuche c’est également notre instinct de survie (oui, rien que ça !) qui va prendre le dessus et nous pousser à chercher à quoi l’on pourrait se rattraper, se raccrocher, et ainsi éviter la chute. Cet « objet salvateur » peut prendre toutes les formes : un arbre devant lequel vous passiez souvent sans imaginer qu’un jour il vous sauverait la mise ou alors un rocher que vous n’aviez même pas remarqué et qui empêchera votre chute. Bien évidemment, vous vous en doutez, tout cela est métaphorique, l’arbre peut être un livre qui traînait au fond de votre bibliothèque sans que vous ne l’ayez jamais ouvert, le rocher peut être une personne qui vient d’entrer dans votre vie… Ce que l’on peut retenir, de manière plus concrète, c’est qu’en trébuchant notre salut pourra venir de ressources insoupçonnées, auxquelles on ne prêtait auparavant pas attention mais qui se révèleront précieuses dans la suite de notre aventure !

Et n’oublions pas ce fameux moment en suspens lorsque l’on trébuche, là où toute issue est possible et surtout inconnue ! Tombera ? Tombera pas ? On ne sait pas où l’on va atterrir, ni dans quel état, et surtout, on ne contrôle plus rien. Cet instant qui ne dure que quelques secondes, mais qui peut paraître une éternité, nous force à travailler notre équilibre, à écouter notre corps pour nous concentrer seulement sur notre centre de gravité et ne pas finir à terre. C’est alors souvent à cet instant précis que l’on retrouve (ou même parfois que l’on trouve) ce qui nous ancre réellement au sol, ce qui nous maintient debout et que l’on avait perdu de vue depuis plus ou moins longtemps, bien trop malmené·e par le tourbillon qu’est la vie quotidienne.

Ces petits incidents qui viennent parfois perturber notre avancée peuvent donc finalement beaucoup nous apporter. Je ne dis pas qu’à chaque fois que l’on trébuche on redécouvre le sens de la vie, mais plutôt que les obstacles sur notre parcours peuvent parfois être bénéfiques à notre cheminement et nous ouvrir à d’autres horizons.

Alors n’ayons plus peur de trébucher, chanceler ou vaciller et continuons d’avancer !

PS : Je dois avouer que j’ai galéré à trouver une image d’illustration pour cet article. Apparemment, “les gens qui trébuchent” n’est pas un thème très inspirant pour les artistes. J’ai donc jeté mon dévolu sur cette merveilleuse photo de Rob Potter (vous pouvez voir son très beau travail ici et sur son instagram ).

PS bis : En cherchant ladite image j’ai appris que « Trébucher n’est pas tomber » était une citation que Malcom X. Moi qui pensais avoir inventé un nouveau mantra, je peux dire adieu à ma carrière de coach de vie…

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3 commentaires

  1. J’aime beaucoup ton blog. Un plaisir de venir flâner sur tes pages. une belle découverte, un enchantement. Très intéressant. Je reviendrai m’y poser. N’hésite pas à visiter mon univers. Au plaisir.

  2. J’aime cette réflexion, cette idée qu’il est possible de se prendre les pieds dans un bord de tapis sans pour autant renverser ses hors-d’œuvres. Parfois, cela passe tellement inaperçu, les conséquences étant si superficielles, qu’on ne remarque même pas qu’on vient de passer une épreuve. Il est donc difficile de s’en rappeler après coup, et pourtant, ça revient en tête…
    “Eh, mais c’est juste, à tel moment de ma vie, j’ai trébucher, sans tomber, j’ai réussi à me rattraper à temps, ou plutôt, on m’a aidé, et j’ai découvert un sourire, un sourire qui me serait resté inconnu si ce faux pas n’était pas arrivé”
    Les épreuves nous rendent plus fort, mais a-t-on réellement besoin de s’écraser la tronche par terre, “toucher le fond” comme on dit, pour vraiment rebondir ?
    Évidemment que c’est possible aussi, mais ce n’est pas une obligation, et l’inverse est malheureusement possible aussi, certains ne ressortent pas de leur profondeur… Sans vouloir sembler pessimiste, au contraire, je pense que tout est bon à prendre et qu’il ne faut jamais penser qu’on n’a rien vécu si on n’a pas “touché le fond”. Car beaucoup pensent qu’il faut vivre le pire pour se rendre compte du meilleur, pour enfin oser, aller de l’avant, se (re)prendre en main ou que sais-je. On passe notre temps à trébucher, à revoir notre équilibre, à se rattraper ici ou là, à voir de nouvelles choses, de nouvelles voies, avec la possibilité de les suivre ou non.

    Ne dit-on pas, d’ailleurs, que marcher c’est tomber et se rattraper ?
    Avancer, c’est trébucher, tomber, et se rattraper…

    Merci pour ce partage, pertinent et intéressant 🙂

  3. Merci à toi pour cette réflexion personnelle qui m’a amené à une introspection sur ma propre trajectoire de vie …

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