L’EDUCATION DES FILLES, UNE ARME DE DEVELOPPEMENT MASSIVE

Hier, le 11 octobre, c’était la journée internationale des filles. Mais par respect pour le titre de ce blog, je me devais de ne publier cet article qu’aujourd’hui (et aussi parce qu’il n’était pas prêt hier, oups…).

Kofi Annan, prix Nobel de la Paix et ancien secrétaire général des Nations Unies, déclarait en 2004 : « Toutes les études sans exception montrent qu’aucun instrument de développement n’est plus efficace que l’éducation des filles et l’émancipation des femmes. Aucune autre politique n’est plus susceptible d’augmenter la productivité, de diminuer la mortalité infantile et maternelle, d’améliorer l’état nutritionnel et de protéger la santé, y compris par la prévention du sida. » Pourtant, aujourd’hui dans le monde, 132 millions de filles (de 6 à 17 ans) n’ont toujours pas accès à l’éducation.

 

Des chiffres qui doivent alerter

Plan International, une ONG dont les actions visent à faire progresser les droits des enfants et l’égalité filles-garçons, communiquent régulièrement des statistiques pour éclairer la situation :

  • 132 millions de filles privées d’école.
  • 12 millions de filles mariées de force avant 18 ans.
  • 64 millions de filles (entre 5 et 17 ans) victimes du travail infantile, dont 11,5 millions considérées comme esclaves domestiques.
  • 120 millions de filles de moins de 20 ans ont été victimes de violences sexuelles.
  • Chaque année, 16 millions de filles (entre 15 et 19 ans) donnent naissance à un enfant.
  • 70 000 adolescentes meurent à la suite de complications durant la grossesse ou l’accouchement (c’est l’une des premières causes de décès chez les adolescentes dans le monde).

 

Un cercle vicieux à combattre

Le manque (ou l’absence totale) d’accès à l’éducation est un cercle vicieux terrible dont il est urgent de sortir.

La pauvreté est l’un des premiers freins à l’accès à l’éducation. Dans les pays en développement, peu de familles ont les moyens d’envoyer leurs enfants à l’école et lorsque c’est le cas, les statistiques prouvent qu’elles privilégieront toujours le garçon de la fratrie. Les filles devront aider aux tâches domestiques et parfois même travailler dès le plus jeune âge pour aider à subvenir aux besoins du foyer. Dans de nombreux cas, elles seront également mariées de force afin de ne plus être un poids financier pour leur famille. Elles auront alors à charge leur nouveau foyer, deviendront mères et seront définitivement tenues hors de portée de tout système éducatif.

Cette absence d’éducation engendre alors de graves lacunes dans l’appréhension et la compréhension du monde et marginalise encore plus les femmes dans la société. Sur plus de 770 millions de personnes analphabètes dans le monde, les deux tiers sont des femmes. Des femmes incapables de lire, de s’instruire et donc de connaître leurs droits et ceux de leurs enfants. Marginalisées, elles se voient refuser leurs droits à la justice, à la protection, à la prise de décisions concernant leur corps et leur avenir. Empêchées de devenir des femmes libres, elles ne sont pas non plus en mesure de protéger et éduquer leurs enfants et la situation se répète à l’infini.

Mais ce n’est pas seulement l’accès à l’école qui est en jeu. Pour celles qui auraient la chance de pouvoir intégrer le système scolaire, deux nouveaux obstacles viennent leur barrer le chemin :

  • Obstacle géographique : les établissements sont souvent situés loin des habitations et c’est un long chemin (parfois de plusieurs kilomètres) que doivent parcourir les enfants pour s’y rendre. Un chemin qui les rend ainsi d’autant plus vulnérables aux violences extérieures (agressions, enlèvements…).
  • Obstacle sanitaire : le manque de moyens financiers des établissements entraîne également un problème qui touche spécifiquement les filles : l’absence de toilettes non mixtes et de protections hygiéniques. Une fille sur dix quitterait donc le système scolaire à la puberté (et à l’arrivée de ses premières règles) faute d’installations sanitaires adéquates.

Et pour conclure ce cercle vicieux, n’oublions pas de mentionner également les catastrophes naturelles et les conflits armés qui viennent renforcer ces conditions déjà néfastes à l’éducation. La pauvreté augmente, les conditions de vie se dégradent et de nombreux enfants se retrouvent orphelins, devenant encore plus vulnérables et isolés.

 

Un cercle vertueux à développer

Adresser cette situation et trouver des solutions permettrait de transformer ce cercle vicieux en cercle vertueux. Comme l’évoquait Kofi Annan il y a presque 15 ans, l’éducation des filles et des femmes est un enjeu majeur du développement mondial et les bénéfices ont été maintes fois prouvés.

Voici quelques faits et chiffres bien plus parlants que de nombreux discours (ils sont tirés de rapports de l’UNESCO) :

  • Un enfant dont la mère sait lire a deux fois plus de chance de survivre au-delà de l’âge de 5 ans.
  • Si toutes les filles achèvent leurs études primaires, le nombre de décès durant la grossesse ou l’accouchement serait réduit de deux tiers.
  • Si toutes les filles achèvent leurs études secondaires, le nombre de mariages précoces serait diminué de deux tiers et le nombre de mineures ayant un enfant chuterait de 60%.
  • Une année de plus en enseignement secondaire assurerait à une jeune femme 15 à 25% de revenus supplémentaires. Et chaque année de scolarisation supplémentaire ferait progresser le PIB annuel d’un pays de 0,37%.

L’accès à l’éducation, en plus d’être extrêmement bénéfique pour les filles et les femmes du monde, serait également un outil déterminant dans la croissance des pays en développement.

 

Poursuivre les efforts et mettre en place des solutions pérennes

S’il est important de souligner que depuis 25 ans la scolarisation des enfants dans le monde a augmenté de 30%, cette évolution semble aujourd’hui stagner (et les filles demeurent les plus lésées). Il demeure donc primordiale de continuer à s’engager pour trouver et mettre en place des solutions.

Les pays riches (et donc privilégiés) doivent augmenter les aides financières destinées à l’éducation des filles dans les pays en développement et s’assurer que ces financements ne soient pas détournés vers d’autres actions.

Dans cette optique, le 25 septembre 2018, en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies, les dirigeants français, britanniques et canadiens se sont engagés à offrir la possibilité pour chaque fille du monde de bénéficier de 12 années complètes d’école et ce, d’ici à 2030. Cette initiative a été saluée et soutenue par Audrey Azoulay, directrice générale de l’UNESCO, qui la qualifie de très ambitieuse mais qui souligne que « nous avons besoin de cette ambition pour avancer ».

En tant que citoyen·ne du monde, nous pouvons également agir à notre échelle en soutenant les formidables organisations qui luttent chaque jour pour plus d’égalité dans le monde comme UNICEF ou Plan International. Que ce soit par un engagement bénévole, un don ponctuel ou le parrainage d’une enfant, de nombreuses solutions sont possibles si vous souhaitez les aider dans leur travail.

Et sur ce, je vous laisse avec deux vidéos : la première, réalisée par Plan International France, résumant la situation, et la seconde qui donne la pêche, réalisée pour promouvoir un programme (initié par Michelle Obama) visant à aider les filles du monde entier à accéder à l’éducation qu’elles méritent. (Je m’excuse par avance pour les non anglophones, la seconde vidéo étant en anglais.)

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Un commentaire

  1. Très bon sujet, encore trop peu exploité sur la blogosphere (pourtant majoritairement féminine je pense…)
    Il y a un an environ j’ai été sensibilisée au problème de la sous-education des femmes aux Philippines (et de problèmes très graves qui en découlent, toujours aux dépens des femmes), du coup j’ai décidé de parrainer la scolarité d’une jeune fille. L’association s’appelle Cameleon. Enormément de gens pourraient faire des dons uniques ou récurrents à ces associations mais nous sommes trop enfermés dans notre routine, à gaspiller notre argent dans des objets inutiles sans regarder plus loin que le bout de son nez…

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