QUAND L’HORREUR SE CONJUGUE AU FEMININ

Halloween approche, autrement dit la meilleure période pour éteindre les lumières, se glisser sous la couette et lancer son film d’horreur préféré !

J’aime les films d’horreur, j’aime les monstres, j’aime encore plus voir les victimes livrer bataille et triompher de leurs démons (incarnés ou intérieurs). Malheureusement, le genre de l’horreur participe encore aujourd’hui à véhiculer une image peu glorieuse de la femme, souvent représentée comme une pauvre demoiselle en détresse à sauver (ce sauvetage étant pris en charge par un homme fort et viril, évidemment). Mais heureusement pour nous, certaines œuvres ont pris le parti de faire bouger les lignes et de nous offrir des rôles féminins puissants et empowering !

Voici donc une petite liste de mes films favoris, mettant en scène des personnages féminins badass qui n’attendent pas en pleurant qu’un homme viennent les sortir de l’enfer.  

 

ALIEN, Ridley Scott, 1979

Film culte qu’on ne présente plus vraiment, ce premier opus de la saga fait office de précurseur dans le genre dans l’horreur (dans ce cas plus précisément le genre de la « sci-fi horreur ») puisqu’il fut l’un des premiers films à offrir aux spectateur un personnage féminin central et fort, j’ai nommé Ellen Ripley. Lieutenante d’un équipage chargé d’étudier toute présence extraterrestre lors d’une mission spatiale, Ripley va devoir se battre pour sa survie alors que son équipe est peu à peu décimée par les attaques de créatures très peu bienveillantes. Ici, pas d’histoires d’amour ou de demoiselle en détresse, Ridley Scott (le réalisateur) et Sigourney Weaver (qui incarne Ripley) ont d’ailleurs fait le choix de gommer tout développement romantique entre la lieutenante et son capitaine afin de renforcer l’indépendance totale du personnage. Il y aurait beaucoup à dire sur le caractère féministe de la saga (dont la qualité des opus demeure très inégale) mais si l’on ne devait retenir qu’une chose ce serait bien ce merveilleux personnage et son émancipation face au patriarcat représenté par ses collègues masculins (auxquels elle s’opposera à de nombreuses reprises).

 

SCREAM, Wes Craven, 1996

Une autre saga qui aura marqué une génération entière et renouvelé un genre cinématographique extrêmement codifié. Bourré de références aux films cultes qui l’ont précédé, Scream se démarque de ses aînés dans son traitement des personnages qui ne sont ici plus simplement de la « chair fraîche » mais des êtres incarnés, fouillés, auxquels les spectateurs s’attachent. Si dans la majeure partie des films d’horreur, le personnage principal se révèle être le tueur/monstre qui fait vivre l’enfer à des victimes pour lesquelles il est difficile d’avoir de l’empathie, dans Scream ce sont elles que l’on veut voir triompher, et en particulier les personnages féminins. Loin de la figure de la « scream queen » qui passe son temps à hurler et appeler les hommes à sa rescousse, Sidney Prescott incarne l’une des premières « final girls » (les personnages féminins, seules survivantes à la fin d’un film d’horreur) qui livre un combat acharné contre le tueur et parvient à se sauver elle-même du danger. Dans la saga, les femmes ne se seront jamais (ou que très rarement) coincées dans le rôle de la sombre idiote dont la naïveté et la faiblesse entraîneront la mort ni dans celui de la princesse à sauver. Elles pourront même parfois endosser le rôle du bourreau, fait assez rare à l’époque pour être souligné.

 

MSITER BABADOOK, Jennifer Kent, 2014

Dans Mister Babadook, Jennifer Kent offre aux spectateurs un personnage féminin extrêmement fort et complexe qu’il est assez rare de voir dans les films d’horreur. Amelia est mère d’un garçon de six ans au caractère difficile. Elle est également veuve, son mari étant mort dans un accident de voiture alors qu’il l’accompagnait à l’hôpital pour qu’elle accouche. Entre son fils, son travail et sa dépression, son quotidien est devenu une lutte permanente et c’est en cela que Mister Babadook tient plus d’un drame social centré sur une mère qui ne sait pas comment aimer son fils (dont la présence n’a de cesse de lui rappeler l’absence de l’homme qu’elle aimait) que d’un film d’horreur classique. L’apparition de cette présence noire et menaçante, d’abord dans les rêves son fils, puis les siens, puis dans leur maison, n’est là que pour incarner les angoisses de ces deux êtres qui ne parviennent pas à vivre ensemble. Amelia est perçue comme une mauvaise mère, par la société, par ses voisins et parfois par elle-même et le film vient brillamment illustrer, dans une sorte de conte onirique et macabre, une réflexion sur le poids des angoisses et des peurs. Peut-on réellement les vaincre ou apprenons-nous simplement à vivre avec ?

 

GRAVE, Julia Ducournau, 2016

Le film de genre occupe toujours une place marginale dans le paysage cinématographique français, d’autant plus lorsqu’il est porté par des femmes. Écrit et réalisé par une femme, mettant en scène un personnage principal féminin, Grave est donc venu donner un bon coup de pied dans la fourmilière, pour notre plus grand plaisir. A la croisée du récit d’apprentissage et du film d’horreur gore, il met en scène Justine, une jeune femme en plein passage à l’âge adulte. C’est sa métamorphose, sa mue littérale, que l’on suit avec une fascination teintée de dégoût et de révulsion. A la question de la mutation se mêlent celles de l’intégration, de la découverte de la sexualité et du carcan social imposé aux femmes. Justine incarne peu à peu la femme prédatrice, celle qui, au lieu de créer la vie et de la protéger, va la détruire, la dévorer. C’est son être entier qui cherche à se libérer et à s’épanouir, transgressant l’un des plus grands tabous de la société postmoderne : le cannibalisme. A la fois bourreau et victime (de la société et d’elle-même), Justine est incapable de faire disparaître cette part d’ombre et lutte pour apprivoiser le monstre qui sommeille en elle.

 

REVENGE, Coralie Fargeat, 2018

Même si la réalisatrice s’en est défendu, il est difficile de ne pas mettre Revenge dans la lignée des « rape and revenge » (« viol et vengeance »), un sous genre de l’horreur extrêmement critiqué et accusé au fil des années de voyeurisme et de complaisance malsaine. Pourtant, s’il en garde la trame scénaristique simpliste (trois actes : l’agression / le retour / la vengeance) et les personnages stéréotypés (une bimbo et trois riches porcs), Revenge nous en offre une réécriture féministe. Le renversement des rôles y est ici poussé à l’extrême et la jolie barbie, objet du désir et femme-objet du début du film, se transforme peu à peu en véritable guerrière, sorte de Diane chasseresse du désert. Belle ironie, le film est sorti alors même que l’affaire Weinstein éclatait, venant faire écho aux discours alors présents dans les médias. Revenge est une série B boostée aux amphétamines (la photographie du film et sa bande son donnent parfois un sentiment d’hallucination psychédélique), extrêmement trash (quelques dizaines de litres de sang sont versés) mais intelligente dans sa critique sociétale (consumérisme, place de la femme, superficialité des rapports…).

 

Voilà pour mon petit top 5 ! Il y en aurait eu quelques autres à faire figurer dans la liste (Haute Tension, It Follows, Rosemary’s Baby…) mais ce sera déjà un bon début si vous voulez éveiller votre appétit pour le cinéma d’horreur féministe. 

Et n’oubliez pas, qu’elles soient victimes ou bourreaux, les femmes ne devraient jamais être sous-estimées…

 

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