HUBERTINE AUCLERT, LA SUFFRAGETTE FRANCAISE

Hubertine Auclert est l’une des grandes figures du féminisme français. Elle serait même, selon la rumeur, la première à s’être désignée comme féministe.

Elle s’est battue toute sa vie pour les droits des femmes en France et en particulier pour leur droit de vote et d’éligibilité.

 

DES COUVENTS À LA VIE POLITIQUE

Née en 1848, Hubertine a passé une grande partie du premier tiers de sa vie dans des couvents et envisage même pendant un temps de devenir religieuse. Mais à l’époque déjà, la jeune Hubertine n’a pas sa langue dans sa poche et est très vite jugée bien trop indépendante par les sœurs du couvent. Elle se voit donc écartée de la vie monacale et développe alors un fort ressenti anticlérical.

Il faut dire qu’avec un père, maire de Saint-Priest-en-Murat, fervant républicain et opposant au Second Empire et une mère engagée à défendre les filles-mères, marginalisées et mises au ban de la société, Hubertine avait de beaux modèles de résistance et de lutte politique.

A la chute de Napoléon III et l’avènement de la Troisième République, émerge une vague d’activisme féminin qui exige la révision des lois du code de Napoléon et la jeune Hubertine, désormais totalement indépendante (ayant hérité de ses parents à leur décès), se lance dans une lutte qui durera toute sa vie.

Alors que la plupart des activistes luttent pour l’égalité des droits civils, la jeune Hubertine se concentre sur les droits politiques des femmes. Pour elle, les inégalités n’existeraient pas si les femmes pouvaient siéger à l’Assemblée Nationale, elle milite donc activement pour qu’elles puissent accéder au pouvoir et prendre part à l’élaboration des lois qui régissent la société française.

 

 

LE MÉPRIS DES JOURNALISTES

Rejoignant Paris et l’Association pour le droit des femmes, elle exige pour les femmes le droit de se présenter aux élections. En 1876 elle fonde la société « Le droit des femmes » (renommée « Le Suffrage des femmes » en 1883) mais essuie un douloureux échec deux ans plus tard lorsque le Congrès international sur les droits des femmes prend la décision de ne pas soutenir sa proposition.

Si ses propos sont à l’époque relayés dans les quotidiens nationaux, ils sont presque toujours accompagnés d’un grand mépris de la part des journalistes que Hubertine semble fortement agacer.

On peut ainsi lire dans les journaux, en introduction de ses discours ou lettres :

« La citoyenne Hubertine Auclert, qui n’a pas froid aux yeux, continue à revendiquer crânement les « droits des femmes ». (…) Il parait que nous ne sommes qu’au commencement des revendications ; je suis loin de m’en plaindre, j’aime à rire un brin de temps à autre, surtout avec les jolies femmes. »

« Le lecteur jugera, comme nous, que Mme Hubertine Auclert sert bien mal la cause des femmes. » (Louis Teste, 8 avril 1875)

En 1877, le journal « Gaulois » publie l’un de ses textes en faveur du suffrage des femmes dans l’une de ses chroniques, précisant tout de même ne le faire que par « galanterie » et le ton pris par le journaliste dans son introduction laisse peu de place au doute quant au mépris qu’il ressent à l’égard de l’activiste.

« Je suis personnellement touché que dame Hubertine Auclert, (…), veuille bien m’honorer des communications importantes qu’elle croit devoir adresser à l’Europe en jupons. »

Un an plus tard, très certainement lassée de ces attaques et de ce mépris, l’activiste profite de l’adoption de la loi sur la liberté de la presse pour lancer son propre journal « La Citoyenne » dans lequel elle diffusera ses revendications pendant dix ans. Elle encourage alors les femmes à ne plus être complices de leur oppression et s’adresse également aux hommes en leur demandant d’être solidaires.

 

 

PROVOCATIONS ET DÉSOBÉISSANCE

Souvent critiquée pour ses méthodes radicales, marginalisée, parfois au sein même de son propre camp, Hubertine ose et s’impose. Elle devient même l’intermédiaire entre les féministes américaines et les féministes françaises.

En 1880, elle refuse tout simplement de payer ses impôts. Elle ne comprend pas pourquoi les femmes devraient être imposables alors qu’elles ne sont pas représentées au sein du gouvernement. Elle déclare ainsi dans une lettre adressée au préfet :

Elle appellera également les femmes à boycotter le recensement, avançant un argument aussi simple que logique :

Assurément en avance sur son temps, elle propose en 1884 la modification de la loi sur le divorce (qui à l’époque favorisait largement les hommes) et émet l’idée d’un contrat de mariage assurant la séparation des biens en cas de rupture entre les époux.

Elle sera également partisane de la féminisation des noms de métiers ou fonctions.

Empruntant aux suffragettes anglaises leurs méthodes plus radicales, Hubertine Auclert n’hésite pas à se glisser dans l’assistance lors de mariages civiles afin de provoquer chahut et protestation à la lecture de l’article de loi énonçant que la femme doit “soumission et obéissance à son mari”

En 1908, elle va jusqu’à briser une urne lors des élections municipales. Deux ans plus tard, avec Marguerite Durand, elle se présente aux élections législatives et, bien que sa candidature ne puisse être prise en compte, obtient tout de même 4% des voix !

Elle continuera sa lutte sans relâche jusqu’à sa mort en 1914. Et s’il aura fallu encore attendre 30 ans pour que les femmes obtiennent enfin le droit de vote, il est indéniable que Hubertine Auclert aura joué un rôle central dans le mouvement des droits des Françaises et ouvert la voie à de nombreuses autres femmes prêtes à lutter pour plus d’égalité.

 

 

Image d’illustration par Marie Claire Grafilles.

You may also like

Un commentaire

  1. Hubertine ,
    un prénom un peu désuet mais à remettre au goût du jour afin de ne pas oublier cette femme pleine de convictions et de courage pour l’époque .
    Merci à toi pour ce beau portrait …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.