LES STÉRÉOTYPES DE GENRE, TERREAU DES INÉGALITÉS

Le vendredi 2 novembre, a été lancé le mouvement #onenparle, une initiative du Centre Hubertine Auclert (le centre francilien pour l’égalité femmes-hommes) en partenariat avec Madmoizelle, Rose Carpet, Les Internettes et Femmes Solidaires. Ce mouvement a pour ambition d’informer sur les stéréotypes de genre afin de mieux les déconstruire (et pourquoi pas de les abolir ?).

 

Que sont les stéréotypes de genre, demandez-vous ?

Petit point définitions pour commencer.

Un stéréotype est « une idée, opinion toute faite, acceptée sans réflexion et répétée sans avoir été soumise à un examen critique, par une personne ou un groupe, et qui détermine, à un degré plus ou moins élevé, ses manières de penser, de sentir et d’agir ». (CNRTL)

Le genre regroupe « un ensemble de traits communs à des êtres ou a des choses caractérisant et constituant un type, un groupe, un ensemble » (Larousse). En sciences sociales, le genre est utilisé pour désigner les différences non biologiques entre les femmes et les hommes. Il évoque « les rôles qui sont déterminés socialement, les comportements, les activités et les attributs qu’une société considère comme appropriés pour les hommes et les femmes. » (OMS)

Pour résumer et simplifier, les stéréotypes de genre sont les idées reçues concernant les femmes et les hommes.

« Parmi ces idées reçues, toujours fermement ancrées dans les inconscients collectifs : les femmes seraient naturellement multitâches, sensibles, empathiques mais incapables de lire une carte routière, tandis que les hommes seraient bons en maths, un peu bagarreurs et attirés par la compétition. » – Catherine Vidal, neurobiologiste, co-responsable du groupe Genre et Recherche en santé.

 

Des stéréotypes entretenus et propagés par la société

Que ce soit à travers le choix de vêtements roses ou bleus selon le sexe d’un nouveau-né, le refus de voir sa fille porter des cheveux courts ou son fils du vernis à ongles ou le fait de répéter qu’un garçon ça ne pleure pas et qu’une fille ça ne joue pas au foot, les stéréotypes sont véhiculés par la société, les médias et parfois nous-même.

J’avoue qu’il m’arrive moi-même de tenir des propos comme « Ben oui, je sais faire deux choses en même temps, je suis une meuf moi ! », et ce sans penser au fait que cela entretient l’idée reçue qu’être multitâches est une aptitude féminine.

Sans cherche à me dédouaner en rejetant la faute sur la société qui m’aurait rendue sexiste contre mon gré (je pense au contraire qu’il est du devoir de chacun de prendre ses responsabilités face à cette problématique), je ne peux pas non plus ignorer le fait que ces stéréotypes sont inconsciemment internalisés et ce depuis le plus jeune âge.

Mais reposent-t-ils sur des faits, des différences entre les genres prouvées dès la naissance ? Ces différences sont-elles biologiques ou construites avec le temps ?

C’est bien ici que la question de l’inné et de l’acquis refait surface.

« Les principales fonctions du cerveau qui diffèrent chez les garçons et les filles sont celles qui contrôlent les fonctions de reproduction. Mais si l’on s’intéresse aux fonctions cognitives (intelligences, capacités de raisonnement, de mémoire, d’attention, de repérage dans l’espace…), les études montrent que chez les 0-3 ans, filles et garçons ont les mêmes aptitudes. » – Catherine Vidal

Les neurosciences le prouvent donc : les filles et garçons naissent avec les mêmes capacités et c’est bien leur environnement qui va venir les modeler et creuser le fossé qui les séparera en grandissant.

Pour s’en rendre compte, il n’y a qu’à ouvrir un des nombreux catalogues de Noël fourrés dans nos boîtes aux lettres et dans lesquels les clichés sont entretenus depuis des années.

Les médias ont également une grande part de responsabilité dans la propagation de ces idées reçues. Que ce soit à travers les séries télévisées, les dessins animés, les films ou les émissions, la représentation du féminin et du masculin y est encore beaucoup trop stéréotypée. Des études ont par exemple prouvé que les femmes sont majoritairement représentées dans des rôles correspondants à des stéréotypes sexistes et cantonnées à des fonctions traditionnelles (la femme fatale, la mère…).

Le stéréotypes sont partout et leurs conséquences sont nombreuses.

 

Des stéréotypes dangereux

Si des progrès ont été fait en matière d’égalité femmes-hommes, le chemin est encore long tant les conséquences des clichés sont importantes.

  • Le jugement : les stéréotypes étant inconsciemment intégrés depuis le plus jeune âge, ils sont alors perçus comme une « norme » à laquelle il est difficile de déroger sans s’exposer au jugement extérieur. Ce sera le cas d’un garçon, moqué par ses amis parce qu’il a pleuré devant un film ou suite à une peine de cœur. Ce sera le cas également pour une fille critiquée parce qu’elle ne se maquille pas et préfère les jeans-baskets aux robes-talons. Ces jugements, nombreux et répétés, affectent l’estime de soi, la confiance et l’épanouissement.
  • Les limites et les cases : pour ne pas subir ces critiques, beaucoup décident alors de ne pas sortir des cases que la société a arbitrairement attribué à leur genre. Ils·elles n’exploiteront donc pas pleinement leur potentiel et leur épanouissement professionnel comme personnel s’en trouvera limité. On note pour exemple la présence (très) minoritaire des filles en filières professionnelles et la quasi-absence de garçons dans les métiers de la petite enfance. Là encore l’éducation, et notamment l’orientation scolaire, joue un grand rôle dans la diffusion et l’entretien des stéréotypes (et pourrait jouer un rôle tout aussi important dans leur déconstruction).
  • La santé : il a été prouvé que ces stéréotypes pouvaient également avoir des conséquences néfastes sur la santé (en particulier chez les adolescent·e·s). Les jeunes filles peuvent ainsi développer des troubles alimentaires (dans une volonté de se conformer à l’image donnée des femmes dans les médias) et connaître de graves problèmes d’estime de soi et de confiance. Les garçons, eux, répondant à l’injonction à la virilité, vont rester silencieux sur leur état de santé mentale et potentiellement ignorer leurs symptômes. « Ils sont ainsi moins enclins à exprimer une plainte liée à un problème psychologique ou somatique. Par ailleurs, en verbalisant moins leurs problèmes, ils ont davantage tendance à passer à l’acte et à adopter des comportements à risques. » (Extrait du rapport Lutter contre les stéréotypes filles-garçons, 2014).

Lutter contre ces stéréotypes participerait donc à réduire les inégalités femmes-hommes et à tendre vers un équilibre plus sain et propice à l’épanouissement de chacun.

 

Comment lutter ?

Si là encore, une part de cette responsabilité peut échapper à notre contrôle, chacun peut, à son échelle, participer à l’effacement de ces clichés arbitraires et néfastes.

Renseignez-vous, observez autour de vous, analysez les comportements que chacun (et vous-même) peut avoir en société et de quelle manière, sans nous en rendre compte, nous participons à véhiculer ces stéréotypes. C’est en prenant conscience d’un phénomène que l’on peut réellement œuvrer au changement. Le site internet du Centre Hubertine Auclert est une mine d’informations sur le sujet. Vous y retrouverez des recommandations de lecture, des vidéos, des rapports ou études à consulter…

Éduquez les autres. Sans faire la morale à tout va et provoquer des conflits avec tous les membres de votre entourage, aider les autres à ouvrir les yeux et partager votre expérience et votre point de vue amèneront forcément certaines personnes (pas toutes, malheureusement) à en faire de même.

De la même manière, il faut encourager et aider les enfants, dès le plus jeune âge, à ne pas adhérer aux stéréotypes auxquels ils seront confrontés. Que ce soit dans le choix des livres, des dessins animés, des jouets ou à travers des discussions, la déconstruction des stéréotypes sera d’autant plus efficace si elle est amorcée très tôt. Là encore de nombreuses informations sont disponibles (dans des ouvrages, des magazines, sur internet…). Par exemple des petits dépliants composés par une mère de famille pour prouver aux enfants que les clichés ne sont pas la réalité. Vous pouvez retrouver ceux pour les filles ici et ici et ceux pour les garçons . Il y a également les belles illustrations de Elise Gravel :

Enfin, le dialogue, l’écoute et la bienveillance seront toujours des armes pour lutter contre les inégalités. Respecter les choix de chacun, se garder de les juger ou de les critiquer parce que leurs décisions ou leurs préférences ne « rentrent pas dans les cases », est déjà une manière d’encourager la déconstruction des clichés. Un homme de votre entourage a décidé de s’inscrire à un cours de danse classique ? Soyez au premier rang de ses représentations ! Une de vos amies a décidé de se présenter aux élections locales ? Encouragez et soutenez-la !

Et si vous êtes actifs sur les réseaux sociaux (Instagram, Facebook, Twitter et que sais-je encore), n’hésitez pas à participer au mouvement en utilisant le hashtag #onenparle afin de partager votre expérience, vos actions, votre avis…

Ce ne sont que quelques outils et il y a bien d’autres manière d’agir, le principal étant de s’y mettre, ensemble.

Parce que si l’on participe inconsciemment à la diffusion des stéréotypes de genre, nous pouvons aussi consciemment et activement participer à leur déconstruction !

 

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Un commentaire

  1. Bonjour Laura,
    je suis d’accord avec toi , et si je suis née fille , devenue une soeur , une mère et une mamie aujourd’hui , je ne cuisine pas , je ne me suis jamais maquillée , je ne porte pas de robe ou exceptionnellement la seule que j’ai et qui m’a été offerte par mes enfants .
    Je sais tapisser , peindre , retapper des meubles , régler ma chaudière ,changer des ampoules ( même celles de ma voiture , et surveiller les niveaux d’huile , de liquide de refroidissement …).
    Je pourrais continuer comme ça encore mais je pense que tu vois ou je veux en venir.
    Je suis une femme , heureuse de l’être à ma façon …

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